Négoce international des diamants : la fin d'un rêve.

Publié le par Cristal

 

Diamant natif octaedre avec matrice

Crédits photos : © Wikipédia

8 juillet 2011.

Deux entreprises zimbabwéennes voulaient reprendre l’exportation des diamants extraits des mines de Marange où l’armée est accusée d’exactions. Mathieu Yamba, président du Processus de Kimberley qui milite pour que les pierres précieuses ne financent pas guerres et guérillas, leur a donné l’autorisation, menaçant ainsi l’esprit et l’objectif de ce Processus. De nombreux groupes de défense des droits de l’homme, Human Rigths Watch en tête, ont immédiatement dénoncé cette décision qui ne prend, selon eux, absolument pas en compte le respect des droits humains par le Zimbabwe. Cette autorisation affaiblissant considérablement le Processus de Kimberley, celui-ci pourrait dépérir puis mourir.

 

Les mines de Marange sont considérées comme les plus riches jamais découvertes en Afrique depuis des décennies. Envahies par l’armée zimbabwéenne en 2008, les exportations des diamants de Marange ont été suspendues depuis juin 2009 en raison des brutalités de l’armée et de la police dans les champs diamantifères. Au plus fort de la ruée vers les gisements en octobre 2008, plus de 35 000 personnes, hommes, femmes et enfants, extrayaient ou achetaient des diamants à Marange. Selon Human Rights Watch, quelque 200 personnes y ont été tuées.
 

Le Processus de Kimberley (PK), lancé en 2003 pour prévenir des ventes qui finançaient les guerres au Libéria et en Sierra Leone, regroupe gouvernements, industriels du diamant et militants dans l’objectif d’éviter de négocier sur le marché mondial, l’achat des diamants présentés par des mouvements rebelles qui serviraient à financer leurs activités militaires. En novembre 2009, le gouvernement du Zimbabwe et le PK avaient conjointement établi un plan de travail. En effet, le Zimbabwe s’engageait à retirer progressivement ses forces armées des champs de diamants, et permettait également l’inspection de toutes les expéditions de diamants de Marange afin de certifier qu’elles étaient bien conformes aux règles établies par le PK.
 

Seulement le gouvernement du Zimbabwe a failli à ses promesses. Les exactions n’ont pas diminué, pas plus que les règles du PK n’ont été respectées. Or aujourd’hui, l’embargo sur l’exportation de diamants a été levé. Selon les règles actuelles du PK, un « diamant de sang » se définit exclusivement comme un diamant vendu par un groupe armé en guerre contre un gouvernement. Le gouvernement du Zimbabwe qui extrait et commercialise des diamants sans but de guerre n’a pas manqué d’exploiter cette faille, dans un contexte où le camp du président Mugabe, qui contrôle le ministère des Mines, est soupçonné de tout faire pour écouler ces diamants. Le PK avait pourtant bien établi un processus de contrôle pour le Zimbabwe mais son président, Mathieu Yamba, qui n’est autre que le président de la République du Congo et qui entretient des liens étroits avec Robert Mugabe, vient de passer outre.
Les Etats-Unis, l’Union européenne, Israël et le Canada ont fortement critiqué sa décision et ont demandé le maintien de l’embargo sur les diamants de Marange tant que le désaccord sur la décision subsistera. En revanche, les pays africains ainsi que la Chine et l’Inde ont fait savoir qu’ils appuyaient le président Yamba. Le président de la Fédération mondiale des bourses de diamants a fait part de sa profonde inquiétude. « Tout le négoce international des diamants est menacé de catastrophe ! », s’est-il alarmé. Des organisations de l’industrie du diamant ainsi que les groupes de défense des droits de l’homme ont appelé à un boycott des diamants de Marange jusqu’à ce que le PK parvienne à une décision consensuelle.
 

Alors que jusqu’ici ce régulateur mondial avait toujours pris ses décisions par consensus, la crédibilité du Processus de Kimberley est fortement remise en cause.

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