Les diamants : pas forcement le meilleur choix de minéraux lors d'une crise !

Publié le par Cristal

La plus glamour des pierres précieuses n'est pas forcément le meilleur investissement à faire... même pour une bague de fiançailles !

Decod'Eco

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La valeur du diamant tient en grande partie de la vigueur des conventions sociales en cours. Crédit photos :© Reuters

D’ici 2050, les hommes feront leur demande en mariage avec une bague de fiançailles en zyrconium. Et si vous regrettez ces diamants, si purs, si glamours, c’est que De Beers a bien fait son travail.

En effet, avant les années 1930, on n’offrait pas de bague en diamant pour se marier. D’ailleurs, la bague n’était en rien une obligation. Ce n’est qu’en 1938 que De Beers a introduit l’idée de la bague de fiançailles grâce à une campagne marketing particulièrement efficace. Il ne tient donc qu’à De Beers de voir en 2050 les bagues en zyrconium devenir le comble du chic.

Ce petit jeu d’économie-fiction me permet d’introduire une des spécificités du diamant qui m’a toujours intrigué, la déconnexion entre l’économie et la matière. La valeur du diamant tient en grande partie de la vigueur des conventions sociales en cours, elles-mêmes décidées par De Beers.

Bien entendu, l’équilibre entre l’offre et la demande a son mot à dire. Depuis que la bague de fiançailles est devenue incontournable dans les grandes villes chinoises, les prix sont orientés à la hausse. Comme j’avais pu le constater lors de mon voyage en Chine en 2012, les joailliers occidentaux avaient massivement pris pied dans l’Empire du Milieu.

 

Mais du fait de son importance sociale, le marché du diamant est par nature incertain. L’image fantasmatique que ce petit bout de carbone porte peut être à l’origine de bulle spéculative ou de déprime inexplicable pour le commun des mortels. A l’heure où le premier producteur de diamants au monde, Alrosa, ouvre son capital, il est temps d’explorer les pistes d’investissements sur ce marché chic et dangereux.

La demande des émergents progresse 

Il ne fait pas de doute que De Beers est doté d’un bon service marketing, car les ventes de diamants en Chine explosent littéralement depuis 2008. “Le nombre de mariées vivant en ville qui se voient offrir une bague de fiançailles est passé de moins de 1% à plus de 50%” explique dans Les Echos Paul Zimnisky, fondateur du premier ETF sur l’industrie du diamant et des pierres précieuses.

Résultat, la banque BMO Capital Markets estime que les prix vont augmenter de 6% par an d’ici 2020. D’autant plus que d’autres analystes rappellent qu’aucun grand projet de mine diamantifère ne s’est ouvert depuis 10 ans. L’équation paraît simple. Il suffirait d’acheter des diamants et les cacher sous le matelas pour s’enrichir en dormant. Pourtant, il reste très risqué de miser sur la hausse de ce marché en se contentant d’acheter des diamants.

L’art diamantifère

Un diamant ressemble plus à une œuvre d’art qu’à un lingot d’or. Je m’explique. Prenez un lingot d’or d’un kilo. Découpez-le en lots d’une once, vous vous retrouverez avec 32 lots. A 1 310 $ l’once, vous voici à la tête d’un capital de 42 000 $. Découpez-les, fondez-les, faites-en un bijou ou dissimulez-les sous l’évier, l’or gardera quoi qu’il arrive sa valeur correspondant au prix de l’once sur le marché.

Le diamant est tout l’inverse. Je vous épargne la valeur sentimentale que représente un diamant de fiançailles, mais on touche du doigt la particularité du diamant : un diamant tire sa valeur de sa rareté ET de sa valeur sociale. Il vous sera ainsi très difficile de revendre un diamant.

Comme l’explique Edward Epstein dans un article de 1982 qui fit date, “les bijoutiers au détail, spécialement les magasins de la prestigieuses Cinquième Avenue, préfèrent ne pas racheter les diamants de leurs clients, parce que le prix qu’ils offriraient seraient ridiculement bas. La hausse des prix [entre le grossiste et les détaillants] sur le diamant peut atteindre de 100% à 200%, en fonction de la politique du magasin. S’il rachète des diamants à ses clients, il devra le racheter au prix de gros”.

Il y a plusieurs explications. D’abord, les magasins ne veulent pas aller contre l’idée largement répandue que “les diamants prennent sans cesse de la valeur”. Ensuite, un diamant est forcément unique. Le prix dépendra des petits défauts de découpe ou de sa couleur. Or les diamants jaunes peuvent être à la mode un temps, avant que les diamants roses ne les surpassent parce que Scarlett Johansson en a porté un pour les Oscars. Souvenez-vous, la mode, c’est ce qui se démode rappelle Coco Chanel.

Une mauvaise arme contre l’inflation

Vous comprenez que le diamant est très différent de l’or ou de l’argent-métal. Mais ces différences n’empêchent pas certains producteurs de continuer à promouvoir l’achat direct. Comme l’expliquait Matt Manson, le CEO de Stornoway Diamond, la demande de diamant comme un objet de protection contre l’inflation pourrait représenter 15% à 20% de la demande.

Plusieurs articles cette année ont appelé à la prudence... parfois en termes vigoureux. Rohin Dhar, journaliste économiste iconoclaste, expliquait ainsi en mars dernier “que les diamants ne sont pas actuellement rares, sont un terrible investissement et sont valorisés comme le symbole d’un certain statut. Les diamants, pour le dire délicatement, sont merdiques”.

 

On ne peut pas nier que les prix ont augmenté fortement ces dernières années. Le prix d’un diamant de trois carats a augmenté de 145% depuis 2008, de 174% pour un cinq carats depuis 1999, rappelle Matt Manson. Mais là encore, la mode a dicté ses choix. Ainsi ce sont les diamants jaunes qui avaient la cote. Entre 2001 et 2011, les diamants jaunes cinq carats ont vu leur valeur progresser de 180%.

D’ailleurs, si l’on reprend le prix de rachat des diamants achetés au détail, les investisseurs qui auraient investi dans le diamant trois carats en 2008 resteraient perdants en revendant leur achat aujourd’hui.

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