Birmanie : La réalité des sanctions sur le commerce des pierres précieuses.

Publié le par Cristal

"Vos sanctions vont nous jeter dans les bras de Pékin"

Birmanie et les pierres précieuses marché

 

 

 

Credits photos : ©aventure-voyage.fr

Tay Za est l'homme le plus riche de Birmanie. Une fortune constituée grâce à ses connexions avec la junte militaire. Raimondo Bultrini, journaliste italien, l'a rencontré. Une première pour un Occidental.

06.09.2011 | Raimondo Bultrini | Mizzima News Agen

Aucun journaliste étranger n'a jamais été autorisé à franchir le seuil de la luxueuse villa de Tay Za à Rangoon à quelques centaines de mètres de la résidence d'Aung San Suu Kyi, l'icône de l'opposition démocratique birmane. J'ai pu y pénétrer il y a peu, mais ce n'était pas sans méfiance - je connais la réputation de son propriétaire, sa proximité avec la dictature et son Tay ZA en Birmanieabsence de scrupules, dit-on, dans les affaires. Dès le début de son ascension, Tay Za, devenu milliardaire grâce à son entregent au sein de la junte militaire birmane, a été contraint de vivre dans la même discrétion que n'importe lequel des généraux. A la tête du plus grand empire commercial au Myanmar, il est à 47 ans l'un des maîtres de l'économie la plus étroitement réglementée d'Asie. Son nom figure tout en haut de la liste des 3 000 personnes visées par les sanctions internationales. Pourtant aujourd'hui, alors qu'un gouvernement civil vient d'être mis sur pied, le magnat a décidé de sortir de l'ombre. Dans la maison, c'est Tay Za lui-même qui m'accueille et me fait traverser des pièces au sol de marbre, où des colonnes du même matériau se dressent entre des armures médiévales, dont celle d'un samouraï. Dans un salon aussi somptueux qu'immense, nous nous installons dans un canapé en peau de serpent qui, comme les fauteuils assortis et achetés en Italie, est doté d'accoudoirs en forme d'immenses conques.

Vous apparaissez en tête de la liste des personnes visées par les sanctions. Comment avez-vous réussi à dégager 500 millions de dollars de chiffre d'affaires par an et à être propriétaire de dizaines d'entreprises aux activités aussi diverses que les hélicoptères et les rubis ?

Mon capital est la preuve que vos sanctions occidentales ne me gênent pas. Mieux, elles me conviennent parfaitement bien, et c'est aussi le cas pour tous les autres personnes sur votre liste noire, y compris les généraux. En revanche, je n'apprécie guère que notre économie dépende entièrement des échanges avec la Chine. Ils ont de l'argent, ils peuvent tout s'offrir, y compris le jade et les autres pierres précieuses de mes mines. Tout le monde sait que la Chine possède énormément d'intérêts ici. Les Chinois ont besoin d'une route commerciale sûre vers le Moyen-Orient et l'Afrique, sans avoir à passer par le détroit de Malacca, qui est contrôlé par les Américains. C'est pour cette raison qu'ils construisent de gigantesques ports sur notre côte occidentale, et un réseau ferroviaire à travers tout le pays et jusqu'à Kunming [la capitale de la province chinoise du Yunnan]. Notre gaz part chez eux aussi, grâce à des centaines de kilomètres de gazoducs.

Les généraux ne partagent-ils pas votre peur de la mainmise chinoise ?

Si, bien sûr. Mais à l'étranger, les gens ne semblent pas comprendre que ces sanctions vont forcément, au bout du compte, nous jeter dans les bras de Pékin. L'autre jour encore, la Chine a proposé un prêt de 30 milliards de dollars, que le gouvernement n'a pas encore accepté mais qu'il acceptera certainement très vite. En échange, les Chinois vont évidemment obtenir de nouvelles concessions. Si tout cela se produit, c'est parce que vous suiviez les "principes moraux" de George Bush, qui restera pourtant dans l'histoire comme le pire président qu'aient jamais eu les Etats-Unis à cause du gâchis qu'il a causé en Irak, et de ses conséquences. Vous devriez vous rendre compte que les vraies victimes de vos mesures ici, ce sont les pauvres, qui vivent au jour le jour.

Aung San Suu Kyi affirme que le gouvernement est responsable de la mauvaise gestion économique du pays, et le Fonds monétaire international ne dit pas autre chose. Par ailleurs, les sanctions ont pour motif explicite de punir des violations des droits de l'homme.

On accuse sans cesse la Chine de violer les droits de l'homme, et où sont les sanctions ? Quant aux grands défenseurs des sanctions, comment se fait-il que les Etats-Unis et la France laissent Chevron et Total travailler ici sans la moindre restriction ? Ce ne sont que des hypocrites, qui donnent des leçons de morale tout en remplissant leurs caisses.

Mais la pauvreté, les arrestations de dissidents, le fait que le pays brade ses ressources naturelles ne vous gênent pas ?

C'est incontestable, il y a des problèmes. Nous sommes humains, nous commettons des erreurs. Mais aujourd'hui nous sommes bien plus forts qu'auparavant. Et l'armée est vraiment en train de céder la place aux civils.

Souce : Courrier International

 

 

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